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Ma_tenssache

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Où sont mes racines Bab el Oued ou Belleville?

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Eddy Mitchell - à peu près

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Écouter de la musique raï lorsque l’on est issu de l’immigration maghrébine n’est pas un acte anodin, c’est un choix qui résulte d’un processus dont on est pas toujours conscients.
Souvent on découvre ce style musical sur les radios communautaires écoutées par nos parents le week-end (Radio France Maghreb, Beur FM, radio Soleil ou radio Orient)
Parfois on y est exposé de manière brutale en live pendant les mariages auxquels on est souvent trainés (en France ou en Algérie etc…) .

Cette musique a toujours abordé des sujets tels que l’amour, la famille, l’éloignement, l’alcool ou la rupture amoureuse dans la langue maitrisée par nos parents ce qui la rendait absolument dérangeante.

Généralement, nous les petits beurs, on associait la musique raï à la musique des “blédards” {le terme blédard englobait tout ce qui était algérien et dans lequel on ne se reconnaissait pas et que l’on voulait rejeter. Les cousin(e)s était des blédards, les styles vestimentaires, les coupes de cheveux dépassées de mode…}

Un jour sans trop le réaliser j’ai commencé à ramener des cassettes de raï du bled après les vacances et à les écouter à Paris. A chaque écoute je ressentais un brin de nostalgie. En parallèle je commençais à m’intéresser aux garçons et avoir des chagrins d’amour du coup j’écoutais assidument les paroles de chansons … pour me consoler peut être.

La musique Raï n’était pas beaucoup valorisée à l’époque et on avait l’impression de faire partie d’une clique de bandits oranais quand on disait qu’on aimait ça.

Combien de fois mes sœurs m’ont traitée de blédarde parce que je dansais dans le salon en mettant à fond Zahouania, Khaled, Mami, Azzedine, Houari Dauphin etc….
Combien d’abruti(e)s m’ont déjà balancés ” ha mais moi j’écoute de tout en musique, sauf du Raï et du Rap”.

Sans oublier que lorsque la musique raï était présentée au grand public, c’était souvent en tant que bandes originales de films communautaires bourrés de préjugés, témoignages d’une époque où l’immigration allait encore plus mal qu’aujourd’hui(Le-The-au-harem-d-Archimede; Arabica, ">Raï …) - jusqu’au jour où une maison de disque est allée réunir sous le nom de “123 Soleils”, quelques vedettes du raï algérien: Khaled Taha et Faudel.

Aujourd’hui, j’ai la nette impression que la musique raï devient une référence solide dans les répertoires musicaux, les musiques de films, les discothèques des melomans avertis ( Toukadime: https://soundcloud.com/toukadime/toukadime-radio-4), l’apparition du Raï’n’B (oui tout n’est pas à jeter à la poubelle).

Maintenant que le raï est tendance et qu’en écouter témoigne d’un goût et d’une connaissance de la culture maghrébine; les issus de l’immigration abordent le thème sans complexe (le complexe du blédard?) dans des vidéos humoristiques comme Nawell Madani ici ou John Rachid.

et comme on dit dans le raï : fi khater tout le monde!

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Allo l’agence, réservez moi une place…

Ce morceau est intéressant pour la forme et le fond.

La forme: un accent Kabyle algérien à couper au couteau, des rimes très simples, et facile à comprendre, des noms de quartiers parisiens écorchés (Barbès, Saint Denis…) qui font le charme de ce style.

Le fond: L’exil, la solitude… Le classique: Un algérien exilé à Paris qui regrette sa jeunesse perdue, qui chante son pays qui lui manque…

"Paris c’est trop jouli mais pas pour les immigrés"

via

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Algérie mon amour, Algérie pas pour toujours…

Nous n’avons de cesse de valoriser la culture de nos pays d’origine: la cuisine, la musique, le cinéma, le folklore, parfois l’artisanat et pour ceux qui ont visité, les paysages.

Nous profitons de l’hospitalité de nos familles, amis voisins lorsque nous nous y rendons, nous profitons du taux de change favorable à l’euro pour dépenser un salaire local en quelques jours.

A force de valoriser nos pays d’origine par rejet puéril du pays dans lequel nous vivons (parfois mais pas toujours) , nous les desservons.

Que faisons nous concrètement pour participer au développement de ces pays?

Rien, à part quelques partages sur les réseaux sociaux.

Nous n’en maitrisons ni les sujets économiques ni ceux de la géopolitique tout au mieux les grands traits historiques. Nous ne sommes capables d’aucune analyse pertinente. Nous ne maitrisons ni la langue ni les codes sociaux de ces pays. Nous n’en connaissons que ce que nos parents nous ont transmis et qui remonte à leur émigration il y a plusieurs décennies. A l’époque des pays fraichement décolonisés promis à un avenir brillant.

Finalement à part occulter les réalités socio-économiques de ces pays et ne nous intéresser qu’à une infime partie de ce qu’il s’y passe nous n’apportons rien.
D’ailleurs il suffit d’échanger avec les citoyens de ces pays pour réaliser à quel point nos connaissances sont faibles et souvent erronées. L’actualité de ces pays n’est pas la notre, nous vivons ailleurs, nous sommes issus de l’immigration, nous ne sommes pas des émigrés.

Alors à moins de s’y installer et partager le quotidien des citoyens de nos pays d’origine, cessons de nous comporter comme cette catégorie de la population que nous connaissons bien qui sait emprunter les codes d’une culture tout en occultant le reste.
Arrêtons de nous comporter comme des bobos ou des hipsters avec nos pays d’origine.

PS: le titre fait référence à ce morceau chanté par le collectif bled band que l’on entendait un peu partout dans les années 2000. http://youtu.be/KlKmNRAjrZ0

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Tu es arrivé par bateau, tu rentreras en avion. (ou la destination finale d’un immigré)


(Algérie)

Je ne voudrai pas te porter la poisse ou souhaiter que cela t’arrive bientôt, je voudrai simplement partager mon histoire pour que tu t’y prépares lentement mais sûrement.

J’aimerai te raconter l’ultime voyage de mon père en Algérie, il s’est fait sur le vol Paris-Alger du 18 décembre 20XX dans la soute d’un Boeing, dans un cercueil scellé à la cire. J’avais pris place à bord du même avion avec mon frère près de la sortie afin de sortir parmi les premiers passagers et être sûre que l’on n’envoie pas le cercueil de mon père vers une autre destination.

Tout s’est passé très vite, mon père, cet homme prévoyant, avait payé chaque année depuis au moins une décennie, une assurance de rapatriement des corps vers l’Algérie en cas de décès sur le territoire français pour l’ensemble de la famille. Ce que je trouvais inutile à l’époque, d’ailleurs, j’ai bien changé depuis.
Chaque année et sans fautes il me faisait remplir le chèque à l’ordre de cette association qui, je ne le savais pas encore, allait envoyer dans l’heure suivant le décès un de ses collaborateurs pour régler les formalités administratives.

Dans la panique nous avions appelé tous les services dont nous connaissions le numéro par cœur, la police, les pompiers, le SAMU… en 5 minutes ils étaient devant la porte de l’appartement.

Les pompiers tentaient de ranimer le corps de mon père, qui avait rendu son dernier souffle quelques minutes auparavant, sous mes yeux. C’est d’ailleurs surprenant comme l’être humain est capable de comprendre que son semblable vient de perdre la vie sans y avoir jamais été confronté auparavant.
J’avais vu tellement de séries où l’on constatait la mort d’une personne en voyant que les pupilles étaient extrêmement dilatées que j’avais compris que c’était la fin.
Il s’en est suivit des choses que je vais garder pour moi car nous avons chacun notre façon de réagir face à une telle situation de plus cela n’apporterai rien à ce récit.

Une fois ce moment de troubles passé, je repense immédiatement à cette association et me dirige vers l’endroit où mon père rangeait ses documents, il y avait un numéro de téléphone que nous étions invités à composer à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.
Une personne me répond sur un ton très compréhensif, sans doute habituée à écouter les proches des adhérents de l’association annoncer un décès. Cette personne me rassure et m’informe qu’elle nous envoie quelqu’un le plus vite possible.
Entre temps la police et les pompiers quittent les lieux, les voisins, amis de mon père investissent le salon et je réalise que je dois téléphoner à ma sœur pour lui dire de quitter son travail rapidement car "l’état de papa s’est aggravé"

La personne qui représente l’association arrive un peu plus tard accompagnée de celui qui va emmener le corps de mon père à la morgue. Ce dernier est surprenant, un petit homme chétif d’un mètre soixante agit rapidement et dans la discrétion, au bout de 15 minutes il a enveloppé le tout et s’apprête à le descendre dans son camion qui "transporte les morts".
C’est un des moments les plus difficiles pour la famille car c’est le départ sans retour. Certains voisins réunis dans l’escalier ont même dit au revoir à mon père en pleurant, c’est le cas d’Emma la mère poule juive du 7 ème qui a été emportée 1 an et demi plus tard par un cancer du pancréas en quelques semaines, et Assa la fille des voisins maliens du dessus, qui a succombé 10 mois plus tard à une hépatite.

Le représentant de l’association nous explique que mon père avait prévu qu’en cas de décès il serait rapatrié dans son pays d’origine par avion dans les 48 heures, je verrai plus tard qu’il sera emmené jusqu’à son village et même jusque dans sa maison.
La prestation comprenait également un billet d’avion pour un accompagnateur… quel membre de la fratrie allait prendre l’avion avec le cercueil? Certainement pas ma mère, elle ne s’en sortirait pas entre le chagrin et l’administratif; moi? mais je ne supporterai jamais cela toute seule! C’est décidé, mon frère m’accompagnera.
Par un concours de circonstance dont je ne me souviens pas, le cercueil ne pouvait partir que le surlendemain du jour du décès, ma mère décide donc de partir dès le lendemain pour préparer la maison en Algérie avec mes sœurs.
C’est peut être la plus mauvaise décision que la famille réunie en cellule de crise ait pu prendre durant cet épisode douloureux. Je l’expliquerai plus loin, surtout que la famille en Algérie, avait déjà prit possession des lieux, et nous attendait de pied ferme pour nous accompagner sans relâche dans ce moment difficile.
Une de mes sœurs, fâchée avec le pays d’origine, (il y en a toujours un dans les familles) et dont le passeport était périmé, a du se rendre au consulat d’Algérie, qui pour une fois a fait les choses rapidement, en une heure elle était de retour à la maison avec son document à jour.
Ensuite il a fallu réserver les billets d’avion pour la partie de ma famille qui partait le lendemain en Algérie… instinctivement je me rends à Barbès/ la Chapelle, la où j’avais accompagné mon père 6 mois auparavant pour acheter les billets qui nous avaient permit de traverser la méditerranée en bateau “avec la voiture”. On se souvient de moi, on se souvient de mon père fidèle client, on me présente les formules d’usages en pareille situation, heureusement que j’avais appris l’arabe auprès de mes parents parce que je n’aurai pas su quoi répondre.

Je rentre avec mon frère et nous sommes accompagnés de trois de ses amis qui tiennent à être là. L’appartement est plein, proches amies de ma mère venues la soutenir, la moitié des voisins, les amis de toutes sortes, des proches… Les voisins marocains ont tenu à préparer le repas car selon la tradition marocaine, nous ne devions pas nous occuper de cette partie.

Comment réaliser ce qui nous arrive au milieu de cette foule?
Les gens finissent par se disperser mais s’endormir relève de l’impossible. Le lendemain je suis réveillée par les pleurs de mes proches mais pas le temps de s’attarder il faut se préparer à se rendre à la morgue puis direction l’aéroport pour certains d’entre nous. Il neige, les routes sont quasi impraticables mais il faut y aller, certains amis de mon père sont déjà sur les lieux ainsi que nos amis.

Je vous passe les détails des retrouvailles avec mon père. Il est là silencieux, froid, dans la même tenue que la veille, dans une salle funéraire qui s’appelle “Louvre”. Une prière est effectuée en groupe et dirigée par la personne qui va procéder au lavage funéraire selon le rite musulman (envoyé par l’association citée plus haut) avant de l’enrouler dans un linceul blanc, puis sceller le cercueil et l’envoyer à la morgue de l’aéroport.

Il est temps de rentrer, mes amis tiennent à m’accompagner chez moi et ne quittent la maison qu’une fois que je m’endors. Cette nuit a été la pire des nuits puisque mon frère et moi seuls dans une maison endeuillée, avons pu réaliser immédiatement ce que la perte d’un pilier de la famille signifiait.

Très tôt le lendemain un ami vient nous chercher pour nous conduire à l’aéroport. Je reste forte pour mon frère, pour mon père, mais au moment où il me faut demander si le cercueil est bien à bord de l’avion, je craque. C’est plus fort que moi, comment parler avec légèreté d’un corps dans une soute à bagages? Surtout quand ce corps est ta propre chair…
On me confirme qu’il est bien à bord.
L’avion prend du retard, par conséquent il ne sera pas enterré avant la prière du 'Asr c’est à dire de la fin d’après midi comme nous l’avions prévu - il passera la nuit dans la maison qu’il a passé des années à construire, veillé par mon grand père maternel, Imam de son état, et une assemblée d’hommes de religion qui réciteront le Coran jusqu’à une heure avancée de la nuit.
Cette veillée a été tellement bénéfique et je souhaite que vous puissiez tous le vivre de cette façon. Les récitations du Coran dans un moment pareil sont un baume pour l’âme, une consolation sans pareil, la seule musique que mes oreilles pouvaient supporter, les seules paroles qui avaient du sens.

Arrivés à Alger il faut aller confirmer que le cercueil est bien celui de mon père. Mes cousins m’accueillent, d’un regard nous nous comprenons, les larmes coulent en silence.
A partir de ce moment et jusqu’à ce que nous quittions l’Algérie 12 jours plus tard nous ne resterons plus jamais seuls plus d’une heure. Les membres de la famille, oncles, tantes et cousins, s’occuperont de nous à tour de rôle jusqu’à notre retour en France.

L’immigration, c’est aussi ça: ramener à bon port ce père qui a quitté son pays sans savoir ce qui l’attendait de l’autre coté, qui a donné tout ce qu’il pouvait pour sa famille sans s’économiser une seconde.

Allah yarhmek Baba, Repose en paix Papa.

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